dimanche 10 juin 2007

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa

Ca avait bien commencé, j'avais retrouvé E., H., Jo., et Cha., et tout le monde en fait. Ca se passait dans les mêmes salles que l'an dernier, une première pour le buffet, une deuxième pour la piste de danse, une troisième semi-clandestine pour les bouteilles d'alcool. Il y avait mon prof de philo aussi, que je me suis attachée à fuir comme la peste. J'ai le pardon difficile.

C'était un peu étrange, parce que j'aurais voulu être parfaitement semblable à eux, jeter Sciences Po par la fenêtre, et être en attente d'oraux, moi aussi. J'aurais voulu passer les écrits, comme eux -d'ailleurs c'est un peu comme si je les avais passés au fond, j'étais peut-être aussi angoissée qu'eux la veille de l'histoire, le ventre noué, comme le jour du conseil de classe, en juin dernier. Il y a un an, tout pile.

Là c'était toute mon hypokhâgne qui me fouettait le visage, avec les sourires des majors, les étreintes entre internes, les yeux rieurs de la 33ème ex aequo. Et moi qui flottais un peu, près des jus de fruits. Après E. m'a pris la main, "on va danser...?", je l'ai suivie jusqu'à la deuxième salle, et là j'ai vu mon ange, mon ange qui dansait, et une fille en face, ils se regardaient tous les deux, avec les visages baissés de ceux qui ne doutent pas, lui a posé sa main sur ses hanches, ses hanches à elle, et E. a dû dire quelque chose comme, "...quoi, tu ne viens pas?". Non, finalement non, je ne venais pas, je n'avais pas très envie de danser là tout de suite, après peut-être, mais là non, la musique vraiment non, pas trop mon truc, quand ils mettront un rock peut-être...? Et je suis partie, parce que finalement parler avec A. et L. est bien plus intéressant. Ils ne posent pas de main sur les hanches, eux. On est allés dans la troisième salle se servir une vodka. Ja. est arrivée à ce moment-là, on s'est saluées même. C'est incroyable ce que je l'apprécie depuis qu'elle a quitté mon ange.

C'est lui qui a fini par m'aborder tandis que j'étais avec Cha. et H. Ils sont partis aussi sec. H. me dit "ton ami", façon de me rappeler qu'il ne sera jamais le sien. Une question d'incompatibilité fondamentale, probablement. Il faudra un jour que l'on m'explique comment je peux à la fois me sentir si proche d'H. et m'enticher de son antithèse. Bref, il a fini par m'aborder, et on a parlé, un peu. C'était bien, comme à chaque fois qu'on parle, lui et moi. Il a voulu s'allumer une cigarette, mais son Zippo ne marchait pas, il faisait rouler la pierre avec le pouce, et une ridicule flammèche pointait le bout du nez pour avorter aussitôt, une fois, deux fois, trois fois... J'ai fini par lui sortir mon briquet.

Sur le coup j'ai pensé, c'est un peu ça, notre histoire, ce Zippo avec ses ridicules flammèches qui naissent pour s'éteindre aussi sec, et quand bien même on y mettrait toute la bonne volonté du monde, les flammèches, goguenardes, disparaîtront aussi vite qu'elles nous seront apparues. Alors on prend un autre briquet, et on fume une cigarette.

Après il m'a présenté ses amis, il y en a un qui a dit, "T'es en khâgne alors? Ah non... Vous êtes ensemble hein?". Silence pesant. Il a repris, "...oui, vous êtes ensemble?". Comment te dire, ...non? Oui, voilà, non. Non, on n'est pas ensemble. On ne sera jamais ensemble. Et sinon, ça va?

Il est parti, un peu après minuit. Je me suis répandue en effusions et en regards suppliants, comme d'habitude. Je me méprise de toutes mes forces quand je me vois comme ça face à lui. Ma façon de le fixer comme on fixerait Dieu le Père, et de lui arracher des promesses qu'il ne tiendra pas, des compliments qu'il ne pense pas. Une tragédienne grotesque, tout juste bonne à jouer dans le Dallas post-déjeuner, pour bercer le papi. Il a fini par quitter le lycée, et je suis allée tocquer chez E., à l'internat, pour remonter un peu dans mon estime. H. et Cha. étaient assis sur son bureau, Jo. contre le placard, et j'ai bu un grand verre d'eau, histoire de penser à autre chose. C'était bien.

[The Doors - Gloria.]

13 commentaires:

stick a dit…

AAAAAAAAH ! Quelle émotion ! Avant même de lire, je suis juste émue que tu aies posté ! Mnt je lis :d:d

stick a dit…

Après lecture, je me dis : What the fuck ?
Ecrire des choses qui te rendent gaies ça t'arrive ? Genre je sais pas, B. comme Barcelone (Béré aussi mais non à l'égocentrisme..."no picture, please !")
Enfin, voilà, c'est toi qui doit décider du regard que tu portes sur les choses. Une fois q tu as fait le choix de le changer ce regard, t'en baves, tu pleures, t'y penses même un peu trop ce qui te fait fait encore plus mal, mais arrive un moment où tu relativises "pour de vrai", et alors, tout va mieux. La douleur diminue jusqu'à disparaître et tu respires sans que la boule dans ta gorge ne menace d'exploser à chaque vibration. Beaucoup mieux en fait, trust me. T'es pas obligée de bannir quelqu'un pour que ça aille mieux, tu sais, je précise.

"I am a poor hmmhmm cowboy..." C'est Lucky Luke qui a choisit d'être seul, right ?

J'attends Barcelone et son article avec une apparence non feinte.

Xoxo mi amor.

Bé. a dit…

L'article sur Barcelone arrive, j'ai juste beaucoup de mal à l'écrire. Voilà pour apaiser ton impatience non feinte.

Et puis je te rappelle que mon blog a d'abord une visée thérapeutique: c'est en mettant en forme des mini-événements qui m'arrivent que je m'en débarrasse pour passer à autre chose. Puis merde quoi, c'était quand même une bonne soirée, ce pot hypokhâgneux / khâgneux. C'est pas pour rien si je finis sur une note positive. J'étais même heureuse de parler avec Jean, dans la cour, figure-toi. Ah mais.

stick a dit…

I think you know the song... Tuuuuududududutududududududu... Don't worry... Tududududududu... Be happy... Tududududududu... Don't worry be happy !

marie a dit…

pourquoi est-ce qu'une fois sur deux, après avoir lu tes textes, je me dis "tiens, j'ai déjà ressenti ça" ? :)

d'abord, la khâgne dont on s'est privé, les écrits de Normale qu'on ne passe pas avec tous ceux de l'an passé, le stress au moment des résultats d'admissibilité alors qu'on n'est pas directement concerné, la question qui traverse un instant l'esprit - peut-être que c'est ça que j'aurais dû faire, rester en prépa, tenter le concours... - et puis l'effervescence et la stimulation intellectuelle qu'on a un peu perdu en cours de route à scpo. bon, dis toi que l'an prochain t'attend une belle année à l'étranger :)

et au sujet de ton garçon adoré... je ne sais toujours pas quelle est votre relation, mais ça ressemble étrangement à ce que je vis (vivais) avec le type qui occupe souvent l'espace de mon blog, ou du journal avant. pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à quelque chose de régulier, de continu et de satisfaisant avec quelqu'un que l'on comprend, que l'on apprécie et avec qui les choses pourraient être merveilleuses, si seulement si ? je ne sais pas. je finis par croire que certaines relations qui promettent des fulgurances ne sont pas faites pour être vécues.

à vite, et si tu veux un jour on se prend un café.

marie a dit…

oups, j'ai fait une énorme faute d'accord. ça m'apprendra à jamais relire.

Charlotte a dit…

Je suis très vexée (!), tu étais avec moi et non avec E. quand Jean est arrivé.
Enfin bref, très bel article en tout cas.
Biz.

Bé. a dit…

Poor Cha*, je viens de corriger ça, et te voilà rétablie dans ta vérité, je l'ai échappée belle.

Oui, t'as vu juste Marie, je suis tellement impatiente de partir... Mes deux jours et demi de congé par mois seront un très bon prétexte pour ne pas rentrer en France, larguer les amarres pour de vrai, changer d'air, quoi... Un an de plus, un an comme celui qui va se terminer, ça m'aurait juste achevée. Alors oui, de l'air, vite.

Quant à ce que tu dis sur ces expériences si prometteuses qui au fond ne seraient pas faites pour être vécues, je préfère ne pas y croire, quitte à faire mon autruche. Allez, quoi, même lui me l'a dit, un jour, peut-être...

Humpf.

marie a dit…

allez, note d'espoir pour mettre un terme au week-end : je viens d'avoir au téléphone le sale type de ma vie avec qui tout est impossible et trop compliqué, et petit à petit, avec beaucoup de patience, les choses se reconstruisent. d'ici cinq ans, quand tout le monde aura pris un peu de maturité, on entretiendra peut-être avec eux des relations plus régulières... mais avoue que c'est ce qui en fait le charme pour le moment :) mwarf.

Anonyme a dit…

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Noam a dit…

ah B., quelle super popularité !
l'Anonyme t'as laissé un message !
(une star absolue sur le net, je l'ai croisé partout)

bref, je connais le goût du LLG-Revival
c'est bon, mais il ne faut pas en abuser
pour ma part j'ai découvert Mr Duclos
en mode de l'autre côté du miroir
(milieu artistique, méga-pêche)
et ça fait bizarre...
si tu repasse par LLG,
marche sur le pont qui surplombe la cour d'honneur
et quelques mètres avec d'arriver en VH 104
(à l'extérieur)
tu entendras un son étrange venu d'on ne sait où
il fait passer dans une autre dimension
je suis bien placé pour le savoir...

tu m'en diras des nouvelles
et moi aussi j'ai droit à un café il me semble !

bisous
Noam

Bé. a dit…

Je repasse souvent par LLG à vrai dire, presque tous les week-ends, quand les profs ne sont plus là... Presque une maladie à ce rythme-là.

Et j'essaie de me souvenir, mais non, vraiment, je ne vois pas... De quel son peux-tu parler? Il y a bien la télévision, au foyer, mais la porte est toujours fermée... Ou le chemin qui mène de la cour VH à la cour Molière, au niveau de la cour d'honneur, où jouent toujours les enfants du personnel... Mais un son étrange? Quel son étrange? Ca m'intrigue...

J'ai des tas de cafés en retard, mon Dieu. Le premier pas vers la célébrité, bientôt je devrai porter des lunettes noires.

Oh la la. Il est temps que je me couche.

Rideau.

louismor a dit…

J'aime bien les mises au point techniques crétines, donc en voici une.

explication sur l'indication de Noam : c'est effectivement sur le chemin menant du foyer à la VH 104, en partant de la cour VH, en journée (c'est important), que tu entendras un bruit très "cyberpunk" (lain, ghost in the shell, neuromancer... ask noam for more info), qui ne fonctionne que si tu es en mouvement.

(il s'agit, nous l'avons constaté après quelques hallucinations, d'un ventilateur bizarre situé à ta droite en partant de la VH ; si tu t'avances, ça fera effectivement des vibrations auditives très particulières).
You just need the right state of mind...

Bon, c'était sans doute inutile, mais on ne sait jamais.
Take care.